L'amour au tout

Le besoin de contrôler, pour s’éviter de souffrir et obtenir de l’autre la satisfaction de ses besoins de base, va s’étendre à tous les domaines de la vie du couple. Dans ces zones de turbulence, le conflit pourra entrer en scène. Inconscients de cette dynamique qui se joue entre eux, les partenaires seront condamnés à en subir les conséquences.

Leur vie quotidienne, affective et sexuelle sera contaminée par cette lutte intestine où chacun veut forcer l’autre à lui donner ce qu’il croit essentiel à son bonheur. Devant les insatisfactions quotidiennes qu’ils accumulent, ils sont de plus en plus sur la défensive et méfiants dans leurs échanges. Devant l’incapacité de l’autre à répondre à ses attentes, chacun se referme un peu plus et la distance à parcourir pour se rejoindre s’allonge de jour en jour. Les partenaires tentent souvent d’utiliser la sexualité pour combler ce qui les sépare. Les sentiments d’impuissance et d’agressivité de chacun sont rapidement transposés dans leur vie sexuelle sous forme d’une baisse ou d'une absence de désir ou encore de difficultés d’érection et d’orgasmes. Victime de ses peurs relationnelles, il est bien difficile de rester ouvert face à l’autre. Instinctivement, on recourt aux stratégies de survie pour se protéger de la menace représentée par l’autre. Les conséquences qui en résultent au niveau sexuel sont le retrait physique et affectif, et un éloignement toujours plus grand des partenaires et l’envie d’aller voir ailleurs et de faire une rencontre adultère. Les questions d’argent et d’éducation des enfants constituent aussi des terrains de friction où les besoins opposés de l’un et de l’autre s’affrontent avec force. Que ce soit dans le choix d’avoir des enfants ou dans les attitudes à adopter à l’égard de ceux-ci, les positions divergentes du PASSIONNÉ et du RECLUS donneront lieu à des affrontements directs ou indirects entre eux. Qu’ils soient exprimés ou non, les blâmes et les reproches mutuels des partenaires cristallisent leurs positions respectives. Le PASSIONNÉ et le RECLUS sont tellement différents dans leurs façons de percevoir, de penser, de ressentir et d’agir qu’il leur sera très difficile de trouver un terrain d’entente entre eux. Surtout qu’à cette étape relationnelle, chacun a l’impression qu’il doit se défendre pour arriver à faire valoir ce qu’il est. La difficulté à se comprendre et à se rejoindre est d’autant plus grande que chacun se retrouve enfermé dans un mode de communication auquel l’autre n’a pas accès. En effet, dans leurs positions de survie respectives, ils ont été amenés à développer des canaux de communication spécifiques. Le PASSIONNÉ est devenu un spécialiste des canaux émotionnel et intuitif. C’est un sensitif qui capte les atmosphères, les états d’âme et les impressions subtiles. S’il peut facilement être sur la même longueur d’onde que son interlocuteur, il éprouve aussi des difficultés à refermer son canal émotionnel et il se laisse facilement envahir par les émotions de l’autre. Baromètre de la vie affective du couple, il réagit aux moindres variations qui affectent l’univers émotionnel de l’un ou de l’autre. Afin de communiquer, le RECLUS donne la priorité à ses sens physiques et à son intelligence rationnelle. Il se fie davantage aux apparences extérieures, à ce qu’il voit, entend et touche. S’il se limite aux informations véhiculées par la forme extérieure, c’est qu’il est fermé aux données disponibles sur la bande du canal émotionnel. Ayant difficilement accès à une connaissance plus intérieure et à son senti, il est très sceptique quand il s’agit de donner foi à des informations de cet ordre. Dans les moments de grande tension et de conflit, les partenaires du couple deviennent des étrangers l’un pour l’autre, car ils parlent deux langages complètement différents. Très sensitif, le PASSIONNÉ capte les non-dits du RECLUS et vibre à ses émotions cachées. Alors contaminé par les émotions de l’autre, il se sent submergé et perd l’accès à son monde rationnel pour se sécuriser et se rassurer. Il vit alors un double abandon, car l’autre est aussi dans l’impossibilité de le recevoir dans ses émotions. Impuissant devant cette intensité émotive, le RECLUS se réfugie dans le rationnel pour se préserver de ce monde de désorganisation intérieure où il aura l’impression de se perdre, de sombrer dans l'impalpable. Plus il se sent inquiet et menacé par ses émotions ou celles de l’autre, plus il se referme et cherche à garder la maîtrise mentale. Prisonniers de leurs peurs respectives, aucun dialogue n’est alors possible entre les partenaires. Le monologue de l’un ne peut être ni reçu ni décodé par l’autre, car il n’existe aucun terrain commun où se rejoindre. En lutte pour leur survie respective, aucun des partenaires ne peut recevoir l’autre, le rassurer et encore moins répondre à ses besoins. Dans ces conditions, comment chaque partenaire peut-il préserver son équilibre intérieur? Comment chacun réussira-t-il à sortir de l’impasse créée par son passé? Comment le couple arrivera-t-il à résoudre l’énigme à laquelle il se voit confronté?

SORTIR DE L’IMPASSE

La relation Prisonnier de ce cul-de-sac relationnel, chacun tente de sauver sa peau. À cette étape, un grand nombre de besoins sont toujours en attente. L’incapacité de l’un à reconnaître l’autre et à l’aimer de façon inconditionnelle suscite une telle détresse émotionnelle, une rage et une impuissance si profonde que chacun se croit incapable d’assumer le réveil de ces émotions lourdes. Pour éviter de faire face à cette souffrance intérieure, on débranche le système d’alarme et on essaie de se distancer de son malaise par une série de fuites servant de diversion.

LES FUITES CLASSIQUES

Dans un premier temps, c’est toute la gamme de nos mécanismes de défense qui se mettent en place pour faire taire la déception, la rage, la colère ou la douleur à l’idée de devoir renoncer à satisfaire ses besoins. Parce que cette réalité est trop douloureuse à accepter, on préfère la nier ou la rationaliser. On peut aussi se couper de son senti «négatif» en projetant son angoisse sur les autres, les rendant alors responsables de son mal-être. Cette stratégie est utilisée par le partenaire qui veut changer l’autre pour le rendre conforme à ses attentes. Comme l’autre semble être l’obstacle majeur à son bonheur, il mobilise ses propres énergies pour tenter de le modeler d’après son image du partenaire idéal. Le contrôle exercé sur l’autre se fera subtil ou plus direct. Dans la gamme des stratégies douces, il déploiera charme, gentillesse, humour et séduction pour l'inciter à répondre à ses attentes. Empruntant le rôle du sauveur, il sera très disponible et réceptif, amenant l’autre à parler de lui-même. Pour l’aider à mieux circonscrire son problème, il lui suggérera des lectures, des conférences ou des cours. Si l’autre semble peu motivé, il se documentera à sa place sur le sujet. Ses moyens de pression pourront aller jusqu’à l’intimidation, le chantage et les menaces. Par exemple, il l’obligera à commencer une thérapie en menaçant de le quitter ou de prendre un amant / maîtresse s’il ne répond pas positivement à ses manœuvres. Parce qu’il a peur de lui déplaire ou de le perdre, le partenaire visé pourra céder au chantage. Toutefois, comme il concède ainsi à l’autre une partie de son pouvoir, il lui en voudra secrètement de le forcer à changer. Si, pour conserver son autonomie, il tente de se soustraire aux pressions de son partenaire, ses résistances pourront s’exprimer par le retrait, une plus grande distance ou la confrontation directe. De toute façon, la frustration augmentera de part et d’autre. Vouloir changer l’autre en adoptant le rôle du dominateur, du sauveur, nous confirme plutôt dans le rôle de victime, à savoir l’incapacité profonde à prendre soin de soi. Mettre l’accent sur l’autre devient le prétexte pour éviter de se regarder soi-même, une ruse insidieuse pour camoufler ses propres blessures. Pour éviter de faire face à sa souffrance intérieure, on se déserte soi-même par de nombreuses fuites. Plusieurs vont vivre dans leurs rêves en s’identifiant positivement à des héros, aux personnages de téléromans, de films ou de vidéos, aux personnalités politiques, sociales ou sportives. La nourriture, la cigarette, la drogue, l’alcool et les médicaments peuvent aussi servir de compensations aux carences affectives. Pour éviter de se confronter aux vraies questions qui tapissent ses interactions, le couple peut aussi fuir dans les loisirs, les voyages, les sorties ou les rencontres avec les amis. Le phénomène de diversion peut aussi se cristalliser autour de la vie commune : l’achat d’une maison, sa rénovation, sa décoration, son réaménagement, un déménagement ou l’achat de nouveaux meubles peuvent être autant de façons différentes de fermer les yeux sur ce qui ne va pas, espérant que le temps arrangera les choses. Le choix d’avoir un enfant et la façon de l’éduquer pourra aussi être largement utilisé comme stratégie de déplacement des malaises soulevés par la relation. Notre société de consommation et de compétition encourage déjà largement nos fuites par l’avoir (pécuniaire) et le savoir (intellectuel). Ainsi, la course à l’argent et aux biens de consommation, aux diplômes et aux promotions nous détournent de notre vide intérieur et camouflent les besoins véritables d’amour de soi et d’acceptation par l’autre. Les vêtements, les bijoux dont on se pare et les produits de beauté maquillent très souvent nos inavouables vulnérabilités.

AMANTS ET MAÎTRESSES

Si certaines personnes s’accommodent des comportements de fuite de leur partenaire, d’autres recourent aux grands moyens pour répondre à leurs besoins relationnels en attente. À cet effet, l’aventure amoureuse offre de nombreux attraits. En nous sortant de la dynamique souffrante du couple, elle nous replonge dans le temps magique de la conquête et de l’amour naissant. Même si on utilise l’expression tromper l’autre pour désigner cette fuite dans l’aventure extra-conjugale, c’est plus souvent une tentative de se leurrer soi-même qui nous incite à tenter ce genre d’expérience. Plutôt que de reconnaître et d’assumer nos peurs relationnelles, on préfère s’évader en déplaçant notre énergie sur une personne qui ne semble pas menaçante et auprès de laquelle on peut se valoriser. Avec ce nouveau partenaire, on tente d’oublier le dilemme qui nous confronte à notre partenaire de vie. Pas question ici d’exposer ses zones de vulnérabilité. On se protège en se dissimulant derrière des masques de force. Ensorcelé par le côté flamboyant de la façade de l’autre, on s’organise pour ne vivre que de bons moments en sa compagnie. Cette expérience répond souvent à des motivations secrètes concernant notre conjoint. On peut vouloir se venger de son éloignement physique ou affectif interprété comme un rejet, ou on espère l’amener à réfléchir et le forcer ainsi à nous donner ce qu’on désire. On crée la situation de triangle pour tester les sentiments profonds de l’autre à notre égard. Tient-il vraiment à nous? On espère que la présence d’un tiers réveille sa peur de nous perdre et son désir de nous reconquérir. On peut aussi avoir besoin de cette «aventure» pour se rassurer sur sa masculinité ou sa féminité quand la relation du couple aura miné notre estime de soi et nous aura confrontés à notre impuissance. Cependant, nos motivations profondes sont rarement aussi explicites. Parfois, vivre une telle expérience nous amènera à prendre conscience du conflit intérieur. Le triangle amoureux peut être décodé comme le signe d’un malaise profond au sein de la relation, un signe quel les besoins primaires de l’un et de l’autre n’ont pu trouver satisfaction à l’intérieur de la dyade conjugale. C’est surtout le signe de l’incapacité de chacun des partenaires du couple à assumer, de façon responsable, la satisfaction de ses propres besoins relationnels.

SEPARATION ET DIVORCE

La souffrance qui grandit et s’accumule entre les partenaires les oblige à se refermer toujours plus et à se distancer davantage. De plus, un jour, l’un des partenaires, aura l’impression qu’il paie beaucoup trop cher pour vivre en couple, compte tenu des avantages qu’il en, retire. Les raisons évoquées pour se séparer peuvent être très différentes d’une personne à l’autre : absence de désir ou dysfonctions sexuelles, difficultés de communication et de compréhension mutuelle, divergences majeures entre les partenaires, baisse de l’estime de soi, attirance pour une autre personne, état de crise dont on ne peut se sortir. Tous ces motifs extérieurs en camouflent un autre : l’incapacité à obtenir de l’autre la satisfaction de besoins profonds et ainsi obtenir qu’il nous accepte et nous aime dans notre vulnérabilité. La décision de rompre le lien amoureux est rarement partagée par les partenaires du couple. Le PASSIONNÉ, qui a une peur viscérale de se retrouver seul, va souvent fermer les yeux sur ce qui ne va pas et choisir de rester dans une relation boiteuse. Il préfère s’accommoder des miettes restantes de son couple plutôt que de se retrouver sans la bouée de sauvetage que lui procure sa relation, même déficiente et douloureuse. C’est sa peur d’abandon qui le force ainsi à rester dans sa souffrance. La grande peur du RECLUS (celle de s’engager émotivement et de souffrir s’il s’ouvre) le forcera à faire le choix contraire, c’est-à-dire, partir. Si le RECLUS se sent trop étouffé par les attentes de l’autre, s’il ne peut plus avoir son espace vital sécuritaire, il n’hésitera pas, malgré une certaine dose de culpabilité, à sauver sa peau. Par contre, quand certaines limites sont outrepassées, les pôles s’inversent et, selon le scénario le plus courant, c’est le PASSIONNÉ désabusé et désillusionné qui prendra la décision de partir. Il aura accumulé une telle déception silencieuse, que la seule issue qu’il verra à la libération de sa souffrance sera de rompre ce lien où il se meurt d’attente. Il remet en question son choix amoureux. Il croit que si l’autre avait été plus conforme à ses attentes idéales, il n’en serait sûrement pas arrivé à ce niveau de souffrance. Il se promet alors d’être encore plus exigeant et méfiant dans sa recherche ultérieure du partenaire idéal. Afin d’arriver à prendre cette décision et à poser ce geste, le PASSIONNÉ devra réveiller l’énergie de sa polarité masculine qui le basculera ainsi dans le pôle du RECLUS. Selon la loi de l’alternance instinctive11, le changement de pôle chez l’un des partenaires du couple oblige automatiquement l’autre à basculer à son tour. C’est ainsi que le partenaire RECLUS se verra précipité malgré lui dans ; l’énergie de sa polarité féminine, retournant en arrière pour tenter de voir ce qu’il aurait pu faire de plus ou autrement. Cette décision de l’autre est souvent un choc pour lui. Il se sent coupable, s’en veut de n’avoir pas su voir ce qui arrivait, de n’avoir pas réussi à aimer l’autre comme il désirait l’être. Il se pardonne difficilement le départ de son partenaire, car c’est dans cet éloignement définitif et cette coupure qu’il découvre ses propres besoins de rapprochement. Quand le choix de rester en couple en y sacrifiant ses besoins n’a pas fonctionné, la décision de sortir du couple est la seule issue à la souffrance grandissante en soi et entre les partenaires. D’ailleurs, la décision de rompre le lien amoureux représente la conclusion normale de la relation d’amour fondée sur le manque en soi et la dépendance envers l’autre. Même si le choix de la séparation et du divorce motivé par les peurs peut être vu comme une autre forme de fuite, le période de solitude qui s’ensuivra pourra être bénéfique aux deux partenaires, car elle ouvre un espace fertile pour un changement en profondeur……………